Um Nyobe : l’impressionnant parcours

Um Nyobe leader camerounais des indépendances UPC

Le 13 septembre 2022, les camerounais, en petits comités ou dans le cadre de rassemblements plus importants, ont commémoré le 68e anniversaire de l’assassinat de Um Nyobe, le leader historique de l’Union des populations du Cameroun. Près de soixante dix ans plus tard, et nonobstant la descente aux enfers chaque jour plus avéré de l’UPC, le souvenir de l’engagement politique, patriotique voire panafricaniste de ce compatriote reste vivace dans les esprits et continue d’inspirer une multitude. La preuve s’il en fallu, est que Um Nyobe a dépassé tous les clivages pour se hisser au rang de patrimoine national.




Né en 1913 à Song-Peck près de Boumyebel, Ruben Um Nyobe, qui prend les rênes de l’union des populations du Cameroun à sa création en 1948, va pendant dix années donner du fil a retordre à l’administration coloniale française qui va opter pour l’assassinat afin de se débarrasser définitivement de ce brillant et déterminé patriote. Le 13 septembre 1958, Ruben Um Nyobè est assassiné froidement par l’armée française, près de son village natal de Boumnyebel. 

Um Nyobe, le SG

Après des études primaires dans les écoles locales des missionnaires presbytériens il obtient son certificat d’études primaires en 1929, puis il intègre en 1931, l’Ecole normale de Foulassi dans le sud du Cameroun. En 1935, il est admis au concours des commis des services civils et financiers. Affecté au greffe du tribunal d’Edéa, il est scandalisé par l’injustice à laquelle sont soumis les camerounais à travers le système de l’indigénat. Les camerounais sont les indigènes et les français considérés comme des citoyens. L’indigénat ne laisse aucune possibilité d’expression pour la lutte politique ou pour la défense des droits des travailleurs aux indigènes (camerounais).




Les lignes bougent un peu en 1944. En effet, la France reconnaît aux travailleurs camerounais le droit de syndiquer. Um Nyobé participe en 1945, à la création de l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC) dont il devient le secrétaire général adjoint. A son actif on retiendra à cette époque la création d’une multitude de syndicats qu’il réussit à fédérer en unions syndicales régionales puissantes. Mais tous ces efforts n’améliorent pas la situation des travailleurs. Il est alors convaincu que cette situation ne peut évoluer qu’avec l’émancipation politique. Dès lors l’indépendance du Cameroun devient alors pour Um Nyobé, l’unique objectif.

A l’ONU

Le 10 Avril 1948, Um Nyobe avec d’autres patriotes créent l’Union des Populations du Cameroun (UPC) dirigé quelques temps par Leonard Bouli, Um Nyobe Um prend très vite les commandes de ce parti, abandonnant ses activités syndicales. Par la même occasion il demande sa mise en disponibilité à l’administration coloniale pour pouvoir se consacrer entièrement à la politique. Il se rend à New York en décembre 1952 où il dénonce la France à l’Organisation des Nations Unies (ONU) devant la Commission de tutelle. Il établit que la France gère le Cameroun comme sa colonie, avec l’intention de l’incorporer dans l’empire français alors que le Cameroun est une pupille de l’ONU.  




En Décembre 1953 Um Nyobe retourne à l’ONU où il accuse encore la France de retarder l’émancipation du Cameroun. En Janvier 1954, il demande à la France d’organiser un référendum sur la question de la réunification et de fixer un délai pour la fin de la tutelle et l’accession à l’indépendance. Ce qui le place dans le viseur des autorités françaises. La situation est particulièrement tendue pour Um Nyobé et ses partisans qui gagnent le maquis dans la forêt de Boumyebel pour continuer leurs activités politiques dans la clandestinité. A ce moment, Félix Moumié le président de l’UPC et d’autres leaders, tels Abel Kingué, Ernest Ouandié se réfugient à Kumba, d’où ils s’exilent à l’étranger.

Le nationaliste

Les Français envoient plusieurs délégations pour le convaincre de sortir du maquis avec ses partisans pour négocier. Mais Um Nyobé demande des garanties politiques, notamment la réhabilitation de son parti qui a été interdit, refus de la France. Le 29 Avril 1956, la loi dite « Loi Cadre », définit un nouveau cadre juridique pour l’évolution des colonies françaises d’Afrique. Cette loi donne au Cameroun sous administration française, la possibilité d’évoluer par étapes vers l’indépendance alors que l’UPC exige l’unification préalable des deux Cameroun et l’indépendance immédiate.




La «loi Cadre » prévoit que le Cameroun deviendra tout de suite un Etat sous tutelle avec un gouvernement à compétence locale et la possibilité d’évoluer à long terme vers un Etat souverain. Des élections doivent mettre en place une Assemblée locale. Le parti majoritaire à l’Assemblée aura la possibilité de former un gouvernement local dont le Premier ministre sera nommé par le Haut Commissaire de la république française au Cameroun. (LIRE AUSSI : Cameroun : mutisme de l’opposition face aux enjeux de société).

Le boycott dans la Sanaga Maritime

Um Nyobe réclame la levée de l’interdiction de son parti et l’amnistie pour faits et délits politiques commis avant Mai et en Mai 1955, afin que lui et les siens puissent participer à ces élections. La réhabilitation de l’UPC et l’amnistie sont refusées par les autorités françaises. L’UPC qui est interdit de présenter de candidats aux élections prévues par la loi-cadre qui se tiendront le 23 Décembre lance le boycott desdites élections. Ce boycott prend une tournure dramatique dans la Sanaga Maritime, avec l’assassinat de candidats transfuges de l’UPC, le sabotage des équipements publics, l’incendie des bureaux de vote. L’armée française lance de terribles représailles.  




L’évêque de Douala Mgr Thomas Mongo, tente de persuader Um Nyobe de sortir du maquis, au cours d’une rencontre secrète en 1957. Ruben Um Nyobé exige comme préalable, l’amnistie totale et inconditionnelle pour tous les faits et délits commis avant décembre 1956, le rétablissement de l’UPC, la réunification et l’indépendance du Cameroun. Mgr. Thomas Mongo rapporte aux autorités son échec. Le sort d’Um était scellé. (LIRE AUSSI : SDF : John Fru Ndi, l’adieu aux armes du Chairman à son parti).

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