Cameroun : le choléra comme nouvelle revendication sociopolitique de l’opposition

Choléra prison centrale de New-Bell Douala Cameroun

Au moins six détenus sont morts du choléra dans la prison centrale de New Bell, à Douala, au Cameroun, depuis le mois de mars 2022. Et 120 personnes auraient été contaminées, depuis le mois de mars. Parmi eux, un militant du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), décédé jeudi 7 avril.




La prison centrale de New Bell est le deuxième établissement pénitentiaire le plus important de Douala – Rodrigue Ndagueho Koufet puisqu’il s’agit de lui, avait été condamné à trois ans d’emprisonnement pour avoir participé aux manifestations du 20 septembre 2020. Joint par notre correspondant, Maître Emmanuel Simb, vice-président national du MRC et avocat du parti d’opposition, dénonce la « double peine » que subissent les prisonniers politiques camerounais.

La double peine par le choléra

«Dans les prisons de Yaoundé et de Douala, il s’est installé une grande épidémie de choléra qui est due aux conditions de détention désastreuses de ses prisonniers, notamment par le manque d’eau courante. Ce manque d’eau, donc, entraîne cette maladie grave qui décime quasiment, depuis quelques jours, des prisonniers, dans la prison de Douala, notamment. Notre militant est mort dans ces conditions. (Lire aussi : Covid-19 : limites des vaccins Moderna, Pfizer et Janssen selon une étude).




Il faut observer qu’il avait été enchaîné sur son lit d’hôpital malgré sa maladie. Il subissait ce que j’appelle une double peine : il a été puni pour avoir osé manifester son opinion politique, d’une part, et d’autre part, il décède en prison à la suite de ce choléra. Non seulement notre gouvernement met en prison des personnes pour leurs opinions politiques, mais, pire encore, il n’a pas les capacités d’assurer à ces prisonniers des conditions de détention simplement acceptables». Human Rights Watch (HRW) lance un appel aux Autorités camerounaises pour qu’elles libèrent d’urgence les détenus les plus fragiles car la surpopulation carcérale empêche de faire respecter les mesures d’hygiène.

Appel d’urgence

Jointe par notre correspondant, Ilaria Alegrozzi, chercheuse de Human Rights Watch explique : « Les autorités pénitentiaires ont essayé de faire de leur mieux pour contenir la transmission du choléra. Ils ont mené une campagne de vaccination dans la prison, ils ont limité l’accès à la prison. Ils ont également mis en quarantaine tous les mineurs mais la prison accueille trop de monde, presque 4 fois sa capacité. Dans ces conditions, même respecter les normes d’hygiène les plus élémentaires, comme se laver les mains, par exemple, devient extrêmement compliqué. (LIRE AUSSI : Industries pharmaceutiques : Gabriel Dodo Ndoké prend le pouls à Douala).




Je pense que les autorités camerounaises devraient agir rapidement non seulement pour empêcher la propagation de la maladie mais aussi pour protéger les prisonniers et le personnel des maisons d’arrêt. Donc, ils devraient envisager d’adopter des mesures extraordinaires comme par exemple la libération des personnes les plus à risque, notamment les enfants et les personnes âgées ». Il existe des risques de transmission du choléra dans d’autres prisons du Cameroun, estime l’ONG, dans la capitale Yaoundé, mais aussi à Buea car la région du Sud-ouest est gravement touchée par l’épidémie et son système de santé s’est effondré, en raison de la crise sociopolitique y ayant cours depuis novembre 2016.

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