Cameroun : présidentielle 2025, le Grand Sud y pense déjà

Jacques Fame Ndongo

La rencontre fraternelle des fils et filles du Sud du 15 octobre 2021 initiée par le Ministre Jacques Fame Ndongo, à un peu plus de 3 ans d’une nouvelle élection présidentielle dans le pays, a sonné le tocsin des futures campagnes élections aux oreilles de plus d’un politicien. Sous le mobile de développement de cette partie du pays, les élites du Sud se sont aussi rencontrées avec cette idée de capter les suffrages de leurs populations pour des suffrages  à venir.




Certes, à tout moment on entend dire que le Sud n’a pas de routes à la hauteur de ses régions sœurs, qu’elle n’a non plus  d’Université, de stade, d’aéroport, de gare ferroviaire d’où partent les voyageurs, que le Sud est enclavé. Bref, il est ce tout qui rappelle Charles Ateba Eyene lorsqu’il parlait du « paradoxe du pays organisateur ». Pour dire ici que la région originelle du chef de l’Etat reste après 38 ans de son pouvoir, et des centaines de fils du Sud dans la plus haute sphère de l’administration publique, l’une des plus pauvres du pays, voire la plus pauvre. Cela est-il vrai ? Que comprendre en réalité ?

Détournements vers le Sud ?

Alors que certains ont vite fait de lier cet état physique lamentable de la région du Sud aux nombreux détournements de fonds que connait le pays depuis plus de vingt ans, de dire que cette partie du Cameroun est victime de la « gourmandise et de l’égoïsme des élites compradores » qu’elle regorgerait, nous pensons que ces affirmations, quoique porteuses d’une certaine vérité ne sauraient expliquer tout. Nous pensons même qu’elles induisent plutôt en erreur dans une lecture géopolitique.




La question qui nous taraude l’esprit est de savoir pourquoi le chef de l’Etat Paul Biya ne s’est pas impliqué personnellement pour insuffler un développement notoire à sa région d’origine jusqu’à en faire celle qui a le moins bénéficié de ses largesses et de la redistribution équitable des fruits de la croissance de l’Etat ? Une question qui nous pousse à penser que les causes ou les raisons sont ailleurs, qu’elles seraient d’ordre politique et stratégique dans la logique de la conservation du pouvoir.

Conservation du pouvoir

En « négligeant » le Sud, Le Président Paul Biya a choisi la longévité de son règne écartée de toutes attaques appuyées sur le népotisme tribaliste. Pour gouverner en s’évitant la grogne issue d’une quelconque frustration venant des privilèges dont aurait bénéficié sa région, il a offert à certaines régions plus qu’à la sienne. Ceci a eu la pertinence de calmer les jouisseurs de l’Etat providence masqués sous des contestations et protestations de tout, sans comprendre le tour du maître du jeu de Songho’o.




Personne n’a jamais pu expliquer aux Camerounais clairement où sont allés les milliards détournés depuis des décennies. Pour dire que, si le Sud a été négligé, ses élites ne l’ont point été. Elles sont devenues immensément riches durant les 38 ans du règne du Président, au même titre que plusieurs élites des autres régions du pays. Par conséquent, cette région qualifiée à vue d’œil et à tort de pauvre possède à n’en pas douter les moyens humains et matériels de se développer.

Et c’est ici que cela devient intéressant, parce que le truc c’est que leurs richesses ne se racontent pas dans les réseaux sociaux. Pendant que certains ont pensé être les plus riches du pays, par les affaires et le petit commerce sous le contrôle pourtant des politiques, d’autres le sont devenus par le pouvoir politique, les réalisations stratégiques et, sans pour autant être les seuls dans ce dernier point, le détournement colossal des fonds publics.

refaire du Sud le pays organisateur

Le réveil du Sud n’est pas un « Eureka ! ». C’était prévisible même. Simplement, tout serait enfin réuni avec la décentralisation pour que les fils et filles du Grand Sud étalent leurs « immenses » richesses dans le développement des terres ancestrales. Nous entrons petit à petit dans un va-tout final au cours de ce mandat finissant de la plus illustre élite de cette région. Si les élites du Sud ne commencent pas entre fin 2021 et l’année 2022 la propagande pour la conservation du pouvoir dans la région, c’est-à-dire la chasse à l’électorat, les promesses irréalisables, le formatage des mentalités qui sont de plus en plus rebelles, l’existence des scissions au sein même des ressortissants de cette partie du pays risque la perte définitive du prestige honorifique, du sentiment légitime de la possession du pouvoir suprême de l’Etat, au bénéfice d’une autre région qui à son tour aura les mêmes sentiments de fierté. Si naturellement cela importe peu aux populations de savoir qui est chef de l’Etat du moment où leur vie est heureuse, les élites du Sud n’envisagent pas au contraire la perte d’une présidentielle. Ces dernières pensent bien rester du pays organisateur, mais sans plus de paradoxe.




Une bonne lecture de ce qui se passe au Cameroun sous ce prisme aide à comprendre la « rencontre fraternelle » appelée par le Ministre Fame Ndongo pour non seulement faire le bilan de la région mais aussi pour lui trouver des voies et moyens de développement. Mais comme on connaît nos politiciens, aussi capables de slogans creux et de promesses électoralistes lorsque le soutien des populations est demandé, tout ce tralala pourrait rester dans la limite de bonnes intentions.

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