Les archivistes Africains sonnent-ils l’hallali des archives du continent ?

Une salle des archives au Cameroun

Il est tout à fait embarrassant de s’efforcer à savoir pourquoi les historiens et autres chercheurs des parages, en quête des traces indicatives des civilisations de leurs peuples, s’empressent à faire ce travail de mémoire plutôt dans les dépôts d’archives situés hors du continent africain ? 

Les archivistes africains peinent à amener surtout les dirigeants africains à sur la puissance utilisable des archives, celles qui sont générées par les administrations locales et qui implantent dans les offices, lorsqu’elles sont préarchivées, le dispositif requis pour une saine gouvernance. Ce faux pas élargira le diamètre du cercle de la pesanteur administrative et ravitaillera le puits des méfaits de la gabegie aussi longtemps que les archivistes africains éviteront d’admettre qu’une opération d’archivage des archives historiques, là où ceux-ci se bornent verbalement à se tirer la bourre à défaut d’être entreprenants, est avant tout à l’usage de la recherche rétrospective et au profit d’autres actions socio-culturelles.




Cette pratique archivistique, à l’endroit où elle est effective, n’est pas de nature à satisfaire les besoins en informations documentaires crédibles ou authentiques, parmi les explications qui séduisent ou que recherchent les autorités administratives en charge de l’expédition des dossiers d’affaires courantes. Cette attitude bizarre qui s’interdit, dans un travail adressé à coup sûr aux professionnels,  de mettre la charrue avant les bœufs, autrement dit de privilégier, comme la terminologie l’indique, le préarchivage à l’archivage. Ce désistement est le point de départ du désintéressement notoire des  dirigeants africains à ne pouvoir faire preuve d’aucune ambition de taille à investir des sommes d’argent considérables dans un secteur d’activités où ils ne tirent pratiquement aucun avantage fonctionnel ou lucratif.   




    Un travail archivistique de classement matériel d’un fonds d’archives ouvert ou clos s’achève normalement par la publication d’un ou de plusieurs outils de recherche à savoir : table de préarchivage, répertoire, inventaire, catalogue…, comme un indice de performance d’un archiviste. Nul pays de l’Afrique sub-saharienne en particulier, n’a édité depuis une soixantaine d’années aucun ouvrage de ce type. C’est une originalité conforme à l’esprit de morosité fiché sur le modèle desdits spécialistes à travers le continent.




Pourtant, le milieu pullule d’experts qui s’épuisent à se glorifier chacun à l’aune de gros diplômes glanés, pour rien d’autre à son actif, dans la spécialité ou en toute hypothèse, selon la multiplicité d’années passées, à ce titre, sur les bancs de l’enseignement supérieur après l’obtention du baccalauréat ! Qui pis est, le manque de visibilité des instruments de recherche sur les archives africaines, au sein de l’univers des connaissances ou sur la scène internationale ne permet pas aux historiens et aux chercheurs de tout acabit, d’arriver à repérer tôt ou tard, les indications utiles, celles qui correspondent à leurs divers besoins pressants en informations documentaires, parmi les tuyaux qui ont la distinction ou des gages de tenir localement de bonne source. Ce qui porte à déduire que la culpabilité du pourrissement ou de la négligence des archives africaines incombe entièrement à l’inertie des archivistes du continent. 




Qui plus est, la numérisation ou la scannérisation en tant qu’une méthode de duplication des documents en support papier d’usage familier, fait désormais la part belle dans nos murs, au psittacisme d’un verbiage creux, propre aux discours enfiévrés de nombreux archivistes africains, déterminés à se mettre vainement plein de vue, si ce n’est pour tenter de faire l’effet à un potentiel auditoire prétendument illettré, ceci, à dessein d’afficher cette «nouvelle donne » comme une sorte de panacée pour la meilleure gestion des entassements de documents d’archives en souffrance dans divers services. Il se trouve que c’est dans ce domaine précis que les archivistes locaux tirent au flanc, comme qui dirait, se brûlent plutôt les ailes pour n’avoir garde de numériser directement et sur-le-champ, un amas de papiers d’archives présentés pêle-mêle, tout en préservant l’option de loger chaque pièce dans un dossier et à sa place d’origine, comme le prescrit le principe du respect des fonds d’archives. L’expression « dossier numérique » suppose l’existence impérieuse d’un dossier similaire à l’état matériel renfermant la somme des pièces dont les images intègrent le contenu dudit « dossier numérique ».




C’est loin d’être le rejet de l’usage du papier et de ses vertus diplomatiques, ni une imagination des érudits contemporains qui ne prend racine sur aucun objet matériel, car, dit-on « il  est plus difficile d’assurer que le contenu, le contexte et la structure des documents sont préservés et protégés lorsque les documents n’ont pas d’existence physique ». En effet, l’une des vocations positives de l’opération de numérisation des documents sert à la protection des documents originaux comme des éléments authentiques de preuve, contre de nombreux agents de destruction, parmi lesquels figure la main de l’homme.      




    En somme, au lieu de se limiter à tirer les plans sur la comète ou à vouloir aller plus vite que les violons, les archivistes africains ont à faire peau neuve dans l’unique préoccupation d’arriver à rattraper le  temps perdu ou de pouvoir nettoyer les écuries d’Augias, à travers le témoignage de leur performance sur le chantier du classement à la fois intellectuel et matériel des documents d’archives à tous les stades de leur utilité administrative et socio-culturelle ceci, dans le choix des principes et pratiques en lien avec le respect des fonds d’archives ouverts ou clos, comme une exigence chère à l’archivistique. Il est finalement question de publier des outils de recherche qui font valoir, auprès des usagers, l’importance du travail technique accompli.




C’est tout à fait une œuvre de titan comparable au tonneau des Danaïdes mais, qui a le mérite d’asseoir, comme c’est de coutume sous d’autres cieux, le crédit du métier d’archiviste auprès des autorités administratives préoccupés à offrir une gestion exemplaire des affaires publiques. Il y a là un engagement remarquable voué à servir de fervent pour aboutir à écarter le long rideau de ténèbres qui empêche de découvrir et de tirer profit de l’essentiel des merveilles de la gouvernance et du charme des épopées de l’antériorité socio-culturelle des peuples africains.

NB : Ce texte nous a été proposé par Monsieur

Pierre Essomba Mbida, archiviste professionnel
Pierre Essomba Mbida, archiviste professionnel

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