Loi de Finances 2020 : réaliste ou pas le budget en baisse du Cameroun ?

Le Ministre des finances Louis Paul Motaze

Pour la dernière Loi de finances, on avait dû recommencer les calculs, pour s’assurer qu’on ne dépasserait pas les limites de l’orthodoxie budgétaire. Et surtout que le pays est plongé dans la bourrasque d’une récession qui affecte tous les pays de la CEMAC et n’épargne personne. Pour l’exécution du budget de cette année au Cameroun, les membres de la nouvelle équipe confiée à Joseph Dion Ngute, alors qu’ils avaient perçu une petite enveloppe de démarrage de l’année budgétaire, on est revenu deux jours après pour reprendre l’argent. Un indice que le pays devenait de plus en plus impécunieux.

La saignée provoquée par la « Task-Force » mise en place depuis la Présidence pour achever les travaux des sites de la CAN Total, heureusement que nous avons bénéficié d’un heureux glissement de date. Malencontreusement, après la dernière visite des équipe de la CAF au Cameroun, les travaux ne sont toujours pas achevés. Au Ministère des Sports, alors que le torchon brûlait chaudement entre le maitre d’œuvre et l’entreprise chargée de construire le stade d’Olembe, David Hanack Tonye qui était jusque-là désigné pour coordonner la finalisation de la construction des ouvrages de la CAN TOTAL, a simplement été écarté des affaires. Il aura l’imprudence de laisser entendre que même dans un an, le Cameroun ne serait pas prêt. La Cameroun qui croit avoir plusieurs cordes à son arc a vite fait de mettre en branle son plan « B », avec une autre entreprise, Canadienne, celle-là. Elle aura la responsabilité de conduire les travaux jusqu’à leur achèvement. Ce sera donc l’entreprise MAGIL du Canada, adieu aux Italiens de Piccini. La Loi des finances n’avait pas encore touché, autant de nouveaux impôts financiers qui en rajouteraient au désamour de la population Camerounaise, à deux mois de l’élection couplée Législatives/Municipales.

Des niches fiscales de la Loi des Finances

Des exploitations agroforestières sont quasiment aujourd’hui à l’abandon. La CDC, second employeur après l’Etat a mis la moitié de son personnel en chômage technique et la Pamol de Ndian dans le Sud-Ouest n’est pas en meilleure posture. La banane, le caoutchouc et l’huile de palme ne sont plus proposés aux acheteurs à l’Etranger. Selon les enquêtes du Gicam, le Cameroun aura besoin de débourser pas moins de 27 milliards pour reprendre les activités de ces grandes exploitations agricoles. Du fait de la drôle de guerre dont la Cameroun a fini par payer un lourd tribut.

Sur les 260 milliards qui manquent à l’appel pour boucler notre budget, un chroniqueur paraissant à Yaoundé laisse entendre que le Cameroun allait devoir emprunter 422 milliards en tout. Le pays a donc dû grappiller autant qu’il a pu. Y compris à des produits d’origine Camerounaise tels que le diamant, le riz, l’huile de palme, le mil ou le sorgho. On n’a pas laissé de côté des produits de moindre importance comme la noix de cola, la gomme arabique (très prisée pour la fabrication à base de soda par Coca-cola » le gnetum, une légume locale autrement appelée « Eru/Ekok » selon les contrées du Pays, très prisée au Nigeria, pour l’alimentation et pour en extraire du whisky. Il semble que ce légume sera taxé à un taux de 10 % de la valeur imposable. Quelle idée d’imposer des victuailles produites localement ? Alors que la demande domestique est loin d’être satisfaite ? A l’instar du riz ou de l’huile de palme ? Nous tenons la réponse de notre Ministre des Finances, Louis-Paul Motaze pour qui, notre budget est plutôt le signe de « réalisme ». Le gouvernement ne prévoit que ce qui est réalisable.

Relèvement du droit d’accises sur le tabac !

Hormis les recettes non pétrolières qui pesaient 2962,2 milliards dans l’ancienne Loi des Finances, le Cameroun ne pourra plus compter que sur le rendement des recettes purement fiscales ou douanières. Le panier de la ménagère pèsera plus lourd encore dès l’année prochaine. Alors que le Cameroun en était à s’approvisionner en huile de palme tous les ans, les compatriotes en seront à nouveau rendus à l’acheter plus cher, alors qu’elle est produite localement. Pour des raisons de santé publique, pour que nous apprenions à fumer moins, les droits d’accises sur la cigarette vont être relevés de 25 % à 30 % dans cette Loi de finances. Pour ce qui est de la mise en place de la couverture santé universelle, le Premier ministre a indiqué qu’en matière de santé publique, l’Etat mettra les bouchées doubles pour « permettre au plus grand nombre de Camerounais de bénéficier de soins de santé de qualité de qualité à moindre coût.

S’abreuvant goulûment sur la copie du Ministre Louis-Paul Motaze, ministre des Finances et non moins rédacteur en chef du DSCE (le document de Stratégie pour la Croissance et l’emploi » pour l’émergence à l’horizon 2035, le Premier ministre se laisse aller à des poussées d’optimisme. Survolant le volet « emploi-jeunes », le Premier ministre nous dira, dans les colonnes du quotidien national « Cameroon Tribune » : « Plus vous aurez des employés ayant moins de 35 ans, moins vous aurez des charges fiscales et patronales à supporter. Cette mesure fiscale, qui est déjà en vigueur, et prescrit la défiscalisation pendant trois ans des charges patronales, va continuer à être mise en œuvre ». Le Premier ministre a eu la bonne idée de déclarer les Régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest « zones économiquement sinistrées », aux côtés de la Région de l’Extrême-Nord.

Ces nouveaux impôts qui vont nous asphyxier

Après la tenue de notre « Grand Débat National », d’autres Régions en sont à se demander quand elles accéderont elles aussi à ce statut de Région à statut spécial. Pour ses rêveries sur les projections sur l’emploi, on serait tenté de penser que le Premier ministre baigne encore en pleines utopies au purgatoire. Le riz Camerounais taxé sur le marché local. Nous l’importons en majorité des pays asiatiques ou de Chine. Nous en produisons localement aussi, de Yagoua notamment. Mais les quantités produites n’arriveront pas à assurer la pitance journalière de la population. Alors que ce riz localement produit a de loin de meilleures qualités organoleptiques que le riz importé. Lors d’un débat à la télé sur la céréale, alors que le Cameroun veut créer des labels pour envahir le marché mondial avec autre chose que la banane ou le poivre de Penja, un débatteur a pu nous instruire que le Cameroun avait une production insuffisante de la céréale.

C’est sûrement notre faute de n’avoir pas encouragé la culture de la spéculation. Elle nous aurait parmi de compter parmi les plus grands producteurs au monde et d’attaquer aussi le marché Nigérian de 200 millions de bouches à nourrir. On a un pincement au cœur lorsqu’on entend que des tonnes entières pourrissent dans des magasins et des entrepôts. Au volet de la santé publique, les produits décapants sont aussi vieux que le monde. Ils sont éclaircissant et nous arrivent en majorité de l’extérieur. Les dames y sont accrocs, il paraît que ça fait chic et classe. Mais ça provoque aussi de vilaines pathologies comme le cancer de la peau. Dion Ngute devrait penser à les taxer au prix fort dans nos Lois de finances, pour que nos sœurs n’y pensent plus. Une bataille au moins sera gagnée à moindres frais.

François Lasier

Journaliste, Analyste économie, Rédacteur en chef de l'Hebdomadaire "ça Presse".

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