Frappes en Syrie : comprendre les enjeux et la face cachée du conflit

Président de la Syrie

Il faut être naïf de croire que la guerre en Syrie est une lutte contre une dictature. Il serait plus édifiant de connaître les vrais belligérants dans cette guerre qui serait déclenchée en dernière analyse par le désir inavoué de contrôler les richesses du monde. Notamment, le gaz et le pétrole du Grand Moyen Orient et en grande partie par le refus catégorique du Président syrien de laisser traverser un pipeline de gaz du Qatar vers une Europe qui en a grand besoin.

Ceci pour cesser sa dépendance au gaz Russe afin d’attaquer directement ce pays une fois assurée de ne pas voir mourir sa population de froid en hiver, comme l’avocat Robert Kennedy junior, neveu de l’ancien président américain John F. Kennedy, a révélé dans un article pour le magazine Politico : « La décision américaine d’organiser une campagne contre Bachar al-Assad n’a pas commencé avec les manifestations pacifiques du printemps arabe en 2011, mais en 2009, lorsque le Qatar a offert de construire un pipeline pour 10 000 millions de dollars qui traverserait l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie ». D’un côté nous avons le bloc occidental ou atlantiste qui regroupe les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Australie, le Canada, et la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, avec une nette tendance à l’extension vers l’Est et des appuis en Amérique latine. De l’autre, le bloc oriental constitué par les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et par l’Organisation de Coopération de Shanghai : la Russie, l’Inde, et la Chine suscitées, mais aussi le Pakistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, et aussi 4 États timidement engagés dont l’Iran, et 6 partenaires de discussion dont la Turquie, avec des appuis en Amérique du Sud dont le Venezuela, gros producteur de pétrole.

Répartition géographique en Syrie

Le partage du Moyen-Orient par ces deux blocs est le suivant : Au bloc occidental dirigé par les USA qui veut maintenir son hégémonie économique par une politique toujours plus agressive se rattachent Israël et les monarchies sunnites du golfe arabo-persique, et en général les pays où dominent le sunnisme wahhabite ou les Frères musulmans. La Turquie a fait longtemps partie du bloc occidental, jusqu’au récent retournement d’alliance vers la Russie. Au bloc oriental qui la conteste mené par la Russie se rattachent les pays arabes nationalistes et socialistes que sont la Syrie, la Libye avant 2011, l’Algérie, l’Iran, mais aussi l’Iran chiite. Au Liban, la communauté sunnite penche logiquement du côté occidental, tandis que la communauté chiite penche du côté oriental ; les chrétiens se retrouvent entre les deux.

En fait, nous sommes très loin des discours sur la démocratie, la bonne gouvernance, l’alternance au sommet de l’Etat, les droits et libertés politiques, mais sommes plutôt victimes d’une guerre commerciale et financière habillées par les haillons de la communauté internationale et du droit internationale dans laquelle la Syrie a été prise à partie par les États-Unis et ses « toutous » que sont la France et Le Royaume Uni. Les raisons de cette animosité pourraient être décelées dans les grandes orientations de la politique étrangère américaine depuis les vingt dernières années et qui structurent au moins cinq objectifs constants et bien identifiés par le français Aymeric Chauprade, docteur en sciences politiques et officier supérieur de réserve dans la Marine nationale française, dans son livre Chronique du choc des civilisations publié en 2012.

Un plan secret

Premièrement, conserver la suprématie mondiale ; deuxièmement, empêcher par tous les moyens les pays du bloc oriental de contester cette suprématie ; troisièmement, pour cela, les États-Unis doivent en premier lieu veiller à ce que Chauprade appelle «  l’optimisation des intérêts de leurs oligarchies économiques dans le monde  », dont l’un des piliers majeurs est le contrôle de la production et du commerce des hydrocarbures ; quatrièmement, «  soutenir la géopolitique israélienne par la transformation politique d’un grand Moyen-Orient musulman démocratisé sous forme de régimes proaméricains ayant établi des relations avec Israël.  ». Et cinquième objectif, «  la volonté, depuis l’origine, de transformer le monde à l’image des États-Unis  ». Le mémorandum Stratégie de Sécurité Nationale produit en 1996 par le gouvernement Clinton affirmait clairement : «  Promouvoir la démocratie fait plus que satisfaire nos idéaux. Cela avance nos intérêts.  » (Frédéric Pichon, Syrie: pourquoi l’Occident s’est trompé, 2014, p. 47).

Ce qui se joue en Syrie aujourd’hui serait peut-être aussi l’avenir et la paix du monde, au moment où la nouvelle guerre froide issue des frustrations de la première commence à faire dire aux uns et aux autres que le « plus jamais ça » dans notre continent arrêté par les occidentaux d’un commun accord avec leurs cousins d’Amérique après les deux grandes guerres ne fait que voler en éclat à chaque frappe sur la Syrie. Il s’agit pour les États-Unis de ravir à la Russie l’évacuation du pétrole de la Caspienne, en construisant leur propre oléoduc entre Bakou et le port turc de Ceyhan sans prendre le court chemin qui traverserait l’Iran, l’ennemi à vie appartenant au bloc oriental hostile. Avoir facilement par ce même oléoduc le gaz d’Irak qui aurait causé la mort de Saddam Hussein selon le géo-stratège Chauprade, est une nécessité pour que l’UE cesse de dépendre de la Russie, son principal fournisseur.

La Syrie empêche de tourner rond

En mars 2005, Robert Satloff, un stratège du Washington Institue for Near East Policy, expliquait que les Américains «  n’ont pas intérêt à la survie du régime Assad  ». Et il précisait: «  Les craquements dans l’édifice du régime peuvent rapidement se transformer en fissures et ensuite en tremblements de terre.  ». Pour augmenter ces fissures, il définissait trois priorités  : collecter un maximum d’informations sur les dynamiques politiques, sociales, économiques et «  ethniques  » internes à la Syrie  ; mener une campagne autour de thèmes comme « la démocratie, les droits de la personne et l’État de droit »; et comme dernière carte secrète à abattre, « ne pas offrir d’issue de secours au régime syrien, sauf si le président Bachar al-Assad est prêt à se rendre en Israël dans le cadre d’une initiative de paix  ; ou s’il expulse du territoire syrien toutes les organisations anti-israéliennes et qu’il renonce publiquement à la violence. », (Richard Labévière, Éric Denécé, Syrie  : une libanisation fabriquée, janvier 2012, p. 41).

Il est clair comme l’eau de roche, le Syrien empêche de coloniser le Moyen-Orient, de détruire la Russie, de maîtriser la chine et l’Afrique. C’est seulement dans cette optique que peuvent s’expliquer les frappes sur la Syrie alors même qu’il ne reste qu’un dernier bastion à Bachar al-Assad pour reprendre tout son territoire d’entre les mains des rebelles armées et de l’Etat Islamique. Des frappes qui n’ont pas attendu qu’une mission de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) vienne le 14 avril 2018 à Damas enquêter sur l’attaque chimique prétendue à Douma afin de révéler au monde qui aurait en réalité gazé les enfants de la Syrie, si les vidéos brandies comme preuves n’étaient une fois de plus des fioles mensongères de Collins Power au Conseil de Sécurité de l’ONU contre l’Irak de Saddam Hussein.

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