SDF : John Fru Ndi, l’adieu aux armes du Chairman à son parti

SDF John Fru Ndi

Le dernier Congrès du SDF, le plus grand parti de l’opposition au Cameroun a fini par dévoiler la redistribution des cartes en son sein. Le Chairman ne sera plus candidat à la présidentielle, il passe la main au jeune Josua Osih. Comme un cadeau empoisonné, pense-t-on dans les rangs. Plus de peur et de frayeurs qu’autre chose. Le spectre avait plané sur la tenue du dernier congrès du Social Democratic Front.

Il a pu se tenir, après moult hésitations, en la maison du parti, l’antre du RDPC, sous haute surveillance. Le Gouverneur du Nord-Ouest a dû desserrer l’étau de l’état d’urgence pendant quelques jours, le temps de la tenue du congrès du SDF. Aucun incident n’a été cependant signalé. Les observateurs ont pu se régaler d’autres sujets. Le désistement inattendu du Chairman de la course à la présidentielle. Mais au lieu de jeter littéralement l’éponge, le Chairman a astucieusement joué à conserver la présidence du parti. On a dit astucieusement ? Ou alors il peut mijoter ce que les militants du parti ne pensent pas encore, mais il est peu probable qu’il continue à se jouer de leur naïveté. Les carottes seraient-elles donc cuites pour le Chairman du SDF ? Question à chausse-trappes.

Mais bien que les signaux ne trompent pas, le leader camerounais de l’opposition trouvera certainement l’astuce pour continuer à être chef du parti. La candidature annoncée du 1er vice-président à la Présidentielle cette année, Joshua Osih, est peut-être la note finale d’un chant du cygne. L’alerte ne vient seulement pas du candidat SDF déclaré à la Présidentielle. En fait, des ténors de la formation politique ont déjà annoncé la couleur. Joseph Mbah Ndam, honorable député de la formation politique et député depuis 1992, était lui aussi candidat à la présidentielle de 2018.

Enter Osih Joshua !

Rien n’aura filtré des tractations avant l’ouverture des travaux du congrès, mais Mbah Ndam va se désister pour laisser la place à Joshua Osih. Un troisième candidat, Forbi Nchinda, inconnu au grand bataillon, s’est entêté, contre tout le monde. Mauvais réflexe : il a été battu à plate couture, par près de 90 %. Toutefois, pour un parti leader de l’opposition, on flaire que un candidat qui a le défaut d’un soutien consensuel ferait mieux que tracer le sillon de la défaite. Dans les rangs, alors que Fru Ndi tout seul n’y est pas parvenu en 1992, les alliés des uns et des autres aux primaires croient tenir la bonne chance alors qu’ils fragilisent et réduisent les chances du candidat adoubé.

On sait pourtant depuis 2011 que le Chairman avait annoncé qu’il ne serait plus candidat en 2018. Pour avoir essayé cinq fois et échoué autant de fois contre le même adversaire, il valait mieux jeter l’éponge. Ce n’est malheureusement pas en alignant un candidat privé d’une partie de sa base qu’on se donne de meilleures chances contre un candidat qui a fini par sembler invincible. Outre cette évidence irréfragable, l’homme fort de Ntarikon a personnellement mille choses à se reprocher. Autant de regrets pour les occasions manquées, deux fois de calculs et de virages ratés, et d’équations politiques maladroitement négociés. Son passé et ses états de service ne sont pas pour ouvrir la voie à son dauphin qui n’en croit pas moins à son destin. Pour certains au SDF, la démission du Chairman avait été pensée pour envoyer Joshua Osih aux charbons. Pour qu’il se fasse brûler aux braises ardentes qu’il aura laissées sur le chemin qui mène à la Présidence. Mais un indice que les intuitions de Fru Ndi ne marchent plus.

François Lasier

Journaliste, Analyste économie, Rédacteur en chef de l'Hebdomadaire "ça Presse".

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