Réaménagement : têtes d’affiche d’une équipe de campagne présidentielle

Têtes d'affiche d'une équipe de campagne présidentielle

Au-delà de toutes les considérations engendrées par le réaménagement du 02 mars dernier, il faudrait également y voir, un savant stratagème pour dérouler une voie royale pour la réélection de Paul Biya à la présidentielle annoncée. Ce d’autant plus que le choix des nouveaux hommes-clés du régime est loin d’être anodin. A première vue, on croirait volontiers qu’il s’est simplement agi d’un jeu de chaises musicales, eu égard à la forte proportion de changements de portefeuilles ministériels pour la quasi-totalité des ministres maintenus dans ledit gouvernement.

Certes, Paul Biya aura quelque peu privilégié la prévalence des aptitudes intrinsèques de ces ministres qu’on peut à juste titre considérer désormais comme de véritables têtes d’affiche, mais peaufinant l’analyse afférente à leur choix on se rend plutôt compte que celui-ci aura davantage participé d’une volonté délibérée de disposer de la meilleure équipe de campagne qui soit, tant il est vrai que ledit gouvernement donne par ailleurs des indications fortes sur la candidature attendue du champion du RDPC. Aussi a-t-il jeté son dévolu sur des technocrates reconnus afin que ces derniers taisent les récriminations qui pourraient compromettre de quelque manière la campagne de ce dernier. Bien évidemment l’argent étant le nerf de la guerre, Louis Paul Motaze aura la mission de mettre à la disposition de son commettant les facilités financières conséquentes pour mener à bien les différentes articulations de sa campagne. Ce qui n’aurait pas été aisé avec Alamine Ousmane Mey qui a instauré le principe de la pertinence de la dépense publique et donc susceptible d’émettre quelque réserve au moment de faire des décaissements en faveur du candidat Biya.

Paul Atanga Nji : refréner les velléités sécessionnistes avant la présidentielle

Et quand bien même en la matière il est de notoriété que ce dernier a souvent recours aux entreprises publiques florissantes à l’instar de la SNH, on peut comprendre qu’il tienne par ailleurs à donner quelque coloration publique à ses besoins financiers circonstanciels, quand bien même il est prévu des allocations pour les différents candidats à cette présidentielle. Mis au-devant de la scène politique à la faveur de la crise anglophone, le nouveau ministre de l’intérieur aura fort à faire avec ses « frères » des régions anglophones en ébullition depuis un peu plus d’un an. Et quand bien même ces derniers lui ont de tout temps renié toute représentativité, il n’en demeure pas vrai qu’en lui faisant confiance pour ramener les adeptes de la sécession à de meilleures conditions, Paul Biya croit enfin tenir le bon bout dans la perspective de l’éradication de cette crise que l’opinion nationale assimilerait volontiers à un caillou dans sa chaussure. Et qui de fait pourrait lui causer du tort dans lesdites régions lors de la présidentielle annoncée.

Pourtant, ledit département ministériel n’a de de souveraineté que de nom, tant celui-ci a été élagué de sa substantifique moelle. Mais qu’importe, Paul Atanga Nji sait y fonder quelque pouvoir pour essayer d’enrôler de rares originaires desdites régions dans son escarcelle et clamer quelque accalmie, quitte à obtenir celle-ci, non plus au travers de quelque dialogue constructif mais plutôt à coups de distribution à tout vent de prébendes ou ce qui pourrait en tenir lieu. Et comme en la matière, il urge par ailleurs de pacifier lesdites régions afin d’y garantir un déroulement dans la sérénité de la présidentielle, tous les moyens seraient bons pour y parvenir.

Ngalle Bibehe : réformer un département malade

Seulement, les populations concernées ne le voient guère sous cet angle, aussi longtemps qu’elles n’ont pas délégué leurs propres représentants et non pas des personnalités plutôt controversées comme l’est Paul Atanga Nji, davantage parachuté pour les besoins de quelque replâtrage politique qu’autre chose. Travailleur invétéré, le Minesec sortant a inéluctablement gagné des lettres de noblesse au travers d’heureuses réformes initiées dans ce secteur névralgique au plan social. Suffisant pour que Paul Biya veuille désormais exploiter à fond ses compétences en matière de transports, quand bien même il se sera jusqu’alors mu dans le transport urbain.

Mais bénéficiant très certainement de la maitrise de ce segment pourtant complexe à bien d’égards, il y a lieu de croire qu’il ait des dispositions pour étendre celle-ci aux autres segments qui continuent malheureusement de battre de l’aile et qui, dans la perspective de la CAN 2019 qu’abritera notre pays, seront des déterminants pour sa parfaite réussite en facilitant la mobilité aussi bien des délégations sportives que la ruée des supporters qui, un mois durant, voudront exprimer leur attachement aux différentes équipes qualifiées pour cette fête continentale du football. Et connaissant la promptitude de ce dernier à relever de tels défis, Paul Biya sait en rajouter à son aura et disposer à l’occasion d’un argument supplémentaire de campagne, dans la perspective de sa réélection. Aussi devrait-on s’attendre à voir le nouveau ministre des transports revêtir une combinaison pour arpenter différents chantiers afin d’y galvaniser davantage ceux commis à leur réalisation et surtout leur livraison à date.

Gaston Eloundou Essomba : améliorer le mieux-vivre pour la présidentielle

Et comme en la matière, les délais sont plutôt désormais courts, il ne fait point de doute que Jean Ernest Ngalle Bibehe mettra les bouchées doubles pour non seulement remobiliser les ressources humaines de son nouveau département ministériel, mais aussi et surtout pour leur inculquer la même culture de gagnants qu’il a réussie à insuffler aux enseignants. Héritant d’un département ministériel caractérisé par de récurrents désagréments causés aux populations en raison de la perpétuation du rationnement de l’énergie électrique et la substance des pénuries d’eau, le nouveau Minee a littéralement du pain sur la planche, eu égard aux urgences attachées à la régularisation des désastreuses situations imputables à ces deux phénomènes. Une mission ardue pour laquelle l’homme semble avoir le profil requis mais qui, participant de l’amélioration du mieux-vivre des populations, constitue à n’en point douter l’un des étalons sur lesquels Paul Biya va certainement adosser une partie des réalisations à mettre à son actif, eu égard à sa propension à la récupération politicienne tous azimuts.

Certes nous n’y sommes pas encore, la présidentielle bien que d’ores et déjà prévue, n’a pas encore connu de date officielle pour mettre en branle la machine électorale du RDPC qui, plus que jamais, est au-devant de la scène en raison de nombreux manquements qui lui sont imputables. Et comme il urge d’en diluer les effets pervers, les secteurs de l’eau et de l’électricité offrent à cette formation politique l’opportunité inespérée de colmater les brèches et espérer une indulgence des populations désabusées par l’assèchement de leurs robinets et la déconnexion de leurs appareils électro-ménagers et l’éclairage de leurs domiciles. Toutes choses qui si elles étaient rétablies, permettront aux mêmes populations de voir leur vécu quotidien s’améliorer.

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Stève Njoh est le directeur de publication de l'hebdomadaire Ça Presse. Journaliste spécialisé dans l'analyse des faits géopolitiques.

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