Camwater Utilities prend bientôt le relais de la CDE au Cameroun

Camwater

La Camwater reprend la distribution des eaux au Cameroun. La Camerounaise Des Eaux (CDE) qui assure ce service depuis 2007, n’a pas bénéficié d’une prorogation de contrat. Et pour cause, l’aggravation des difficultés observées dans la distribution de l’eau potable dans les grandes métropoles camerounaises et un soupçon de collusion d’intérêts entre des membres du gouvernement et les actionnaires de la CDE.

Il nous souvient qu’en date du 5 juin 2017 s’est tenue dans les services du Premier Ministre une réunion portant sur les «formalités de clôture du contrat d’affermage avec la Camerounaise Des Eaux (CDE)». Cette entreprise de droit camerounais, contrôlée par le consortium marocain conduit par l’Office National de l’Eau Potable (ONEP) et constituée des sociétés MedZ, Delta Holding et du cabinet de conseil en travaux publics Ingema, est adjudicataire depuis 2007 d’un contrat d’affermage de 10 ans dans le secteur de la distribution de l’eau potable au Cameroun. De sources généralement bien informées, la réunion du 5 juin dernier avait été prescrite par le Président de la République, Paul Biya, qui a instruit le gouvernement et le Directeur Général de Camwater Utilities d’alors, l’entreprise publique de patrimoine dans le secteur de l’eau potable, de « prendre sans délai toutes les mesures devant conduire, au plan formel, à la fin du contrat d’affermage avec la Camerounaise Des Eaux, et la reprise des activités y afférentes par la Camwater ». Ceci du fait que la CDE a toujours été critiquée pour la qualité de son service jugée approximative. Une appréciation que n’a pas partagée le marocain Brahim Ramdane le directeur de cette filiale de l’Office National de l’Eau Potable (ONEP) du Maroc.

Camwater entre en scène dès mi-mai

Selon les instructions présidentielles, toutes les mesures à prendre dans le cadre de cette fin de contrat devaient être effectives « au plus tard le 31 août 2017 », afin de respecter le délai prévu par le contrat d’affermage. Concrètement, apprend-t-on, il s’agit de finaliser, dans un premier temps, la clôture technique dudit contrat. Celle-ci intègre notamment « l’inventaire, la valorisation et l’inscription dans les comptes des biens et droits affectés au service de l’eau, la restitution des biens de retour en état normal d’entretien et de fonctionnement à l’Etat, l’évaluation et la répartition des droits réciproques ». Secundo, le gouvernement est invité à prendre « toutes les dispositions nécessaires en vue de la reprise en main prompte par la Camwater, de la gestion de l’exploitation des services jusque-là affermés, notamment l’administration, le personnel, les équipements, le matériel, les archives, etc. » avant la prise par le Chef de l’Etat d’un « décret portant reversement des activités susmentionnées à la Camwater ».

Dès mi-mai 2018, comme à l’époque de la défunte SNEC, une seule entreprise s’occupera de tout dans la chaîne d’approvisionnement en eau potable au Cameroun : la Camwater Utilities, entreprise à capitaux publics dirigée par Gervais Bolenga. Société patrimoine chargée par le gouvernement pour développer, réhabiliter et gérer les infrastructures de l’eau potable, la Camwater est aussi chargée de mobiliser des fonds nécessaires au financement de projet de développement dans le secteur de l’eau. Elle se charge aussi de la construction de nouvelles infrastructures dans le but de renforcer les capacités de production et de distribution. Une autre mission de la société de patrimoine est la réhabilitation des installations existantes afin d’améliorer leurs performances.

Collusion d’intérêts

L’ère de la mise en affermage (location) de l’exploitation des installations dans l’optique d’assurer le service public de l’eau potable est révolue. Cette dernière mission était dévolue à la Camerounaise Des Eaux dont le contrat s’étendait sur une période de 10 ans à compter du 2 mai 2008. Conséquemment, le champ d’action de la CDE couvrait plusieurs services en relation directe avec les consommateurs. On avait par exemple l’amélioration de la qualité même des services rendus aux clients, du maintien en bon état de fonctionnement des installations, le renforcement du taux de desserte qui devrait accroître le nombre de zones approvisionnées, la «mise en œuvre d’un plan d’action visant le développement durable du secteur de l’eau potable et l’amélioration des performances des installations». Il revenait ainsi à la CDE de faciliter concrètement l’accès des populations à l’eau potable.

On ne parlera plus, dans les tout prochains jours, du partenariat public/privé qui avait abouti, fin décembre 2005, à la réforme de l’hydraulique urbaine. Désormais, c’est à la Camwater de reprendre en main l’ensemble des services publics de l’eau potable et de l’assainissement liquide en milieu urbain et périurbain. C’est dire que le partenariat public/privé dégagé à travers la mise en affermage du service de l’eau potable, s’est avéré un échec total, quand bien même un important programme d’investissement à hauteur de près de 400 milliards de francs CFA avait été mis en place avec le concours des partenaires au développement afin de remettre à niveau les infrastructures existantes, de renforcer la capacité de production et d’étendre le réseau de distribution.

En conclusion

De sources généralement bien introduites, c’est le cabinet Okalla Ahanda et associés qui va travailler sur l’inventaire, la valorisation et l’inscription dans les comptes des biens et droits affectés au service de l’eau, la restitution des biens de retour en état normal d’entretien et de fonctionnement à l’Etat, l’évaluation et la répartition des droits réciproques.

A noter que la Camwater va recevoir les actifs de la CDE. Elle va hériter entre autres du personnel de la CDE, de ses équipements, de son matériel et de ses archives. Pour rappel, c’est depuis mars 2016 que le Chef de l’Etat camerounais a instruit le gouvernement de ne pas renouveler le contrat d’affermage de la CDE. En plus de l’aggravation des difficultés observées dans la distribution de l’eau potable dans les grandes métropoles camerounaises, certains observateurs avaient vite fait de mettre cette décision du président Biya sur le compte d’une collusion d’intérêts entre des membres du gouvernement camerounais et les actionnaires de la CDE. Si cela un jour était démontré, alors on se retrouverait dans un CDEgate qui porterait des atteintes graves aux intérêts de l’Etat du Cameroun. Et bien évidemment le TCS et Le Contrôle Supérieur de l’Etat auraient du pain sur la planche.

Laisser un commentaire